Prisonniers

31 mai 2009

Adrian faisait les cent pas.

― Jamais, JAMAIS je n’aurais dû vous laisser venir avec moi. J’aurais dû vous renvoyer directement de l’autre côté d’Andun Hel et vous confier à mes frères Pelatan. Maintenant je me retrouve avec vous quatre sur les bras, c’est une catastrophe. J’ai besoin de réfléchir…

Il s’installa dans un recoin de la pièce tandis que les quatre amis se regroupaient pour partager leur désarroi. Il devait réfléchir vite, et faire le point sur ce qu’il savait. C’était la première fois qu’il se retrouvait face au Maître des Ténèbres, et il ne comprenait pas comment sa force pouvait être aussi intacte. Le pouvoir d’Aléos se mourait, mais cela ne semblait pas l’atteindre. Et il y avait le petit couple, Anya et Kenji, en qui des orbes avaient trouvé refuge, et cela n’avait aucun sens. Et il y avait ce jeune garçon, l’apprenti. Et Nora, en qui les Ostiriths avaient reconnu l’Anma. Les pièces du puzzle ne s’assemblaient pas et cela le frustrait. Il devait sortir de là, mettre ces jeunes à l’abri, et reprendre d’urgence ses investigations. Tout allait trop vite, et il n’était pas prêt.

Soudain, Lœna vint planter son visage juste sous ses yeux :

― A quoi tu penses comme ça ? Tu as un plan ? Tu sais ce qui se passe ? Tu peux nous expliquer ?

Elle était si jolie et rafraîchissante que cela lui décrocha un sourire. Que leur raconter ? Comment ne pas l’effrayer ? Il prit une grande inspiration.

― Je suis l’Elu de mon peuple. Cela fait des siècles que la guerre règne ici. Depuis la fin du monde des Anges, notre terre a plongé dans le chaos. Le peuple Pelatan s’est vu confiée la responsabilité du Bien, alors que le Maître des Ténèbres se créait une armée d’Ombres pour nous soumettre. Aujourd’hui, l’univers est au bord de la rupture. Le gouffre d’Andun Hel s’élargit de jour en jour, menaçant de tout engloutir. On m’a envoyé ici pour anéantir les forces du Mal de l’intérieur. Mais la puissance du Maître des Ténèbres ne faiblit pas, et ses soldats-fantômes sont chaque jour plus nombreux. La légende dit que l’Ultime Combat viendra, et je suis là pour ça.

― L’Ultime Combat ?, demanda Kenji. Qu’est-ce que c’est ?

― Il paraît qu’il existe un monde où les notions de Bien et de Mal ne sont que des concepts et les Anges des créatures mythologiques. Où les hommes sont libres de choisir leur camp, et où les combats ne sont que métaphoriques. Ici, la lutte entre le Bien et le Mal est un combat acharné, quotidien, chaque jour des hommes balancent sans pouvoir revenir de l’autre côté. Ici, le Mal grignote du terrain chaque jour. Il est écrit qu’au point de rupture du monde, chacun sera appelé à combattre, chacun devra dévoiler son pouvoir et les forces devront s’unir à nouveau, ou il ne restera plus rien. Je ne sais pas d’où vous venez, mais je crois que vous avez été appelés. Et cela ne peut que signifier une chose…

― … que la fin est proche.

Nora avait prononcé ces mots d’une voix grave. Adrian hocha la tête en fermant les yeux, et reprit sur un ton plus doux :

― Demain, nous essayerons de quitter cette pièce. En attendant, je crois que nous devrions tous essayer de dormir.

Ils se pelotonnèrent les uns contre les autres, persuadés d’être incapables de trouver le sommeil. Mais la fatigue eut vite raison d’eux.

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J’ai un petit problème dans ma plantation, c’est qu’en fait, sur le papier, la trame du Monde d’Aléos va plutôt vite. Et j’ai beau avoir tendance à l’étoffer autant que faire se peut pour le blog, j’ai actuellement beaucoup de boulot à côté (oh, les joies du master quand les profs se réveillent à deux semaines des examens), et ça m’empêche de me concentrer sur l’histoire. Et moi, je voudrais faire ça bien propre, et impliquer cet univers à des niveaux auxquels il n’est pas encore impliqué. Développer des histoires parallèles, de personnages secondaires, ou concernant les légendes qui régissent Aléos etc. Mais tout ça, ça fait partie du « pas encore écrit », donc du « pas vraiment pensé », donc du « ouh là là, c’est loin d’être posté ».

De plus, je voudrais reprendre ma série de posts culturels, parce que j’ai encore des choses à vous raconter sur les arbres, j’ai des choses à vous raconter sur les anges, mais tout ça ça demande aussi un travail de recherche en amont, que je n’ai malheureusement pas le temps de faire. Mais ça va venir. Dans un mois grand maximum, promis-juré, je m’y remets.

Et à partir de septembre, le chomâge me laissera tout le temps de vous concocter des posts aux petits oignons. Promis-juré.

En attendant, et pour ne pas vous laisser sans rien, voici une version de Loena qui date d’il y a un an, tombée aux oubliettes. C’est d’ailleurs le seul personnage dessiné dans ce style par Lillyviolet (qui travaille actuellement sur un magnifique projet de BD musicale nommée Forbidden Tunnel, alors file file voir son blog au flux RSS qui marche pas mais que c’est bon pour les yeux quand même) alors c’est collector !

Et si je savais mettre de la musique sur ce blog, je vous mettrai un truc joli pour vous laisser l’âme en paix. Mais promis, dimanche prochain yaura quelque chose !loena

Trahison

9 mai 2009

Avant que quiconque ait pu réagir, Van avait poussé Nora derrière lui, chaussé le gantelet qui pendait à sa ceinture, et s’élançait maintenant vers Yshinto en poussant un cri violent. En tentant de l’éventrer, le mercenaire ne parvint qu’à lacérer sa tunique, mais le jeune homme en profita pour lui imprimer une balafre sur la joue. Nora éclata alors en sanglots en les suppliant de s’arrêter, mais c’est Kenji qui s’interposa. Il leva sa main droite et envoya une énorme sphère noire en direction des deux combattants, qui furent projetés contre les murs de part et d’autre de la pièce.

Malgré le choc, Yshinto se releva rapidement et, titubant, vint tapoter l’épaule du jeune homme :

― Et c’est ainsi que le Grand Maître de la Noirceur fit son apparition… Quel puissant pouvoir tu as là mon ami ! Mais prends garde à la brûlure qui te dévore…

Et il s’effondra au sol dans un hoquet de douleur.

De l’autre côté de la pièce, Nora tentait de faire revenir à lui Van, toujours sonné, et Adrian essayait de calmer Lœna, qui tremblait de tous ses membres. Anya s’était réfugiée dans les bras de Suzuki en se demandant ce qui leur arrivait.

C’est alors qu’une brume épaisse envahit tout. Lorsqu’elle se dissipa, un homme grand et mince, vêtu d’un long manteau à capuche masquant son visage se tenait devant eux. Le Maître venait de faire son apparition.

Toujours au sol, Yshinto toussota :

― Et voilà enfin le MC ! Et bien Great Master, tu en as mis du temps ! Regarde ce que je t’ai apporté sur un plateau…

― C’est très bien, merci. Mais si tu avais pu épargner mon apprenti… Dans quel état l’as-tu mis…

Il leva une main gantée et le corps de Van fut soulevé dans les airs. Le jeune garçon reprit connaissance lorsque ses pieds touchèrent le sol. Il regarda autour de lui sans comprendre, mais avant qu’il ait pu dire un mot, Kenji explosa :

― Qu’est-ce que ça veut dire « apporté sur un plateau » ? Et vous, qui êtes-vous, pourquoi ne montrez-vous pas votre visage ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

Yshinto lui sourit :

― Ce n’est qu’une question de camp, mon ami. J’ai choisi celui du pouvoir, il ne tient qu’à toi de nous rejoindre…

― Suffit, intervint le Maître. Nous avons des choses à faire maintenant. Van, tu viens avec nous.

Encore une fois, le jeune garçon les suivit avec l’esprit embrumé. Il jeta un regard en arrière vers « Julia », puis sa conscience se perdit, soumise à une magie qui le dépassait.

― Encore une chose : vous êtes mes hôtes, et je n’aime pas que l’on repousse mes invitations. Ne cherchez pas à vous enfuir.

La brèche dans le mur fut comblée en une fraction de seconde.

Lorsqu’Anya et Kenji passèrent au travers de la brèche, ils se retrouvèrent nez à nez avec un grand guerrier brandissant une épée. Mais leur hurlement de terreur fut recouvert par un cri plus fort encore :

― Nyyyyyyyyyaaaaaaaaaaaaaaa !!! Suuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuz’ !!!

Et une petite boule de nerfs rousse les serra dans ses bras. Les retrouvailles furent joyeuses et bruyantes. Chacun voulait raconter son aventure en même temps, et Adrian se recula dans un coin de la pièce le temps que les jeunes gens se calment. Puis les présentations furent faites, et Nora en revint à l’essentiel.

―Il faut faire quelqu’un chose pour ce garçon. Depuis des heures qu’il se tord de douleur au sol je ne parviens pas à le réveiller.

Anya la poussa du coude.

―Laisse-moi faire.

Elle s’agenouilla auprès de Van, et posa sa main droite – celle avec le symbole étrange – au-dessus de son coeur. Une lumière d’un vert éclatant jaillit, aveuglant tout le monde dans la pièce, et disparut soudain. L’adolescent avait les yeux écarquillés dans une expression de terreur, mais il avait enfin repris conscience. Il repoussa violemment Anya et se traîna jusqu’à un coin de la pièce.

― Qui êtes-vous ? Que m’avez-vous fait ?

Il reconnaissait la jeune fille et le garçon qui la tenait maintenant dans ses bras. Le Maître avait dit qu’ils étaient ses ennemis. Peut-être était-ce eux qui avait mis ces choses dans sa tête. Son regard parcourut le reste de la pièce et tomba sur…

― Julia ! Comment est-ce possible ? Est-ce que je rêve encore ? Tu es en vie ! Mais que fais-tu là ?

Il s’était rué sur Nora et la serrait contre lui sans vouloir la lâcher.

Des applaudissements retentirent derrière eux, les faisant tous sursauter. Adrian s’empressa de dégainer son arme, mais c’était Yshinto, qui se tenait appuyé contre la faille dans le mur et regardait Anya en souriant. Il s’approcha pour s’incliner devant elle.

― Je suis arrivé juste à temps pour le spectacle. Félicitations à toi, déesse des temps modernes. Tu sembles si jeune pour un si grand pouvoir…

Puis son regard tomba sur Van et Nora qu’il tenait toujours enlacée, et son expression changea du tout au tout. Il se mit à hurler :

― Lâche-la, et bats-moi, maintenant !

Et il se jeta sur lui, sa main chaussée du gant griffu en avant prête à lacérer le ventre du garçon.

Nora secouait le jeune garçon au sol en le suppliant de se réveiller, mais il ne semblait pas l’entendre. En désespoir de cause, elle s’assit à côté de lui, gardant une main sur son torse en geste protecteur. Elle tourna alors son regard vers Adrian, adossé au mur à côté de la brèche :

― Je crois que tu as beaucoup de choses à nous raconter, n’est-ce pas ?

Il poussa un grand soupir et fit signe à Lœna d’aller s’installer à côté de son amie.

―Nous sommes ici dans l’antique cité des anges. A l’origine, ils vivaient en paix dans ce monde, savourant les fruits de l’Arbre de la Connaissance. Ce sont des fruits magiques, qui renferment divers pouvoirs avec lesquels ils aimaient à jouer, qui leur permettaient de connaître le passé, le présent et l’avenir de chaque être, sauf bien sûr de leur peuple. Ils étaient les gardiens du bon ordre du monde. Mais un jour,l’ivresse du pouvoir est montée à la tête de l’un d’eux, et au lieu de s’en servir pour maintenir l’équilibre du monde, il a voulu l’orienter, jouer, expérimenter, et ce plaisir sadique a commencé à mener le monde au bord du chaos. Un autre ange s’est alors opposé à lui, et la guerre a éclaté. La cité d’Aléos a basculé et les territoires autour se sont scindés. L’ange déchu avait eu le temps de se créer une armée, les Ombres, des hommes auxquels il a injecté toute sa noirceur, et depuis, ils combattent contre le peuple Pelatan, mon peuple, qui a pris la défense des anges. Malheureusement, loin de l’Arbre de la Connaissance, ils ont dépéri, et j’ai été élu pour venir ici, en éclaireur, voir ce qu’il restait de leur monde et s’il restait assez de magie à Andun-Hel pour rétablir l’ordre du monde. Je suis ici depuis 13 ans maintenant. Je ne repartirai pas tant que je n’aurai pas trouvé la solution.

― Et les créatures de tout à l’heure ?, intervint Lœna. Celles qui voulaient emmener Nora ?

― Les Ostriths ? Ils sont ici depuis l’époque des Anciens. Ils avaient été rejetés par les humains, à cause de leur difformité, et ils avaient été recueillis à Andun-Hel. Je pense qu’ils sont nostalgiques des Anges, et c’est pour ça qu’ils sont restés ici. Seulement ce sont des êtres très peureux, et les Ombres n’ont eu aucun mal à les asservir. Dorénavant, ils veillent à ce que personne n’entre ici. Sauf cet homme…

― Quel homme ?

―Celui qui s’est installé au pied de l’arbre. Je ne sais pas d’où il vient, et il cache constamment son visage, mais les Ombres lui obéissent étrangement. Peut-être un adorateur de l’ange déchu, je ne sais pas… Ces histoires sont tellement vieilles qu’elles sont presque du ressort de la légende maintenant…

Un bruit dehors les fit sursauter. Adrian dégaina son épée et fit face à la brèche, attendant l’ennemi.

Cauchemar (2)

5 avril 2009

Pour voir la première partie, c’est par là : https://lemondedaleos.wordpress.com/2009/03/08/cauchemar-1/
Lorsque la voix se fut enfin tue, Van rouvrit les yeux. Il était encore prisonnier de ce grand tunnel noir, et la lumière semblait de plus en plus faible à l’autre bout. Il se redressa, reprenant sa course effrénée dans un silence de mort. Après un certain temps, il se rendit compte que le terrain avait changé sous ses pieds : des racines lui barraient le chemin, le faisant trébûcher à chacun de ses pas. Il finit par s’écrouler au sol, autant à cause des obstacles que de l’épuisement. Elles lui enserrèrent alors les chevilles, le maintenant à terre, et une Ombre surgit devant lui. Il essaya de hurler, de se dégager, mais rien n’y fit. Impuissant, il se mit à prier au hasard qu’on le sorte de là, mais le soldat-fantôme lui lança une sphère noire en plein coeur. Les ténèbres le recouvrirent, s’étendant sur son corps, et alors que son visage disparaissait, il entendit la voix de Julia :

— Qu’est-ce que tu as ? Réveille-toi ! Réveille-toi maintenant !

Annexes (2)

29 mars 2009

Il existe un phénomène étrange concernant Aléos. Bien que la trame de fond soit posée et inamovible, l’histoire change au fur et à mesure des années, de mes lectures, de l’évolution de ma personnalité. J’ai dans une boîte en carton de nombreuses versions écrites sur différents supports, des cahiers, des feuilles libres, des classeurs, à des stades plus ou moins avancés de l’écriture. Bien sûr, aucun de ces « projets » n’est autant abouti que celui publié sur ce blog, qui n’est lui-même pas aussi parfait que la prochaine réécriture que j’en ferai.

Il est d’ailleurs très difficile de savoir où s’arrêter dans la réécriture. Quand est-ce que l’on peut savoir que le texte, bien qu’imparfait, est suffisamment correct pour cesser de nous tourmenter, de nous torturer, de nous donner envie de le retravailler ? C’est un peu comme décider que l’on est un adulte accompli, qu’on est au zénith de sa vie et que plus rien ne peut nous faire progresser, c’est impossible.

Mais ce qui est encore plus complexe avec Aléos, c’est que c’est un double projet, à la fois écrit et dessiné. Le dessin pose le même problème, le style change au fur et à mesure des compétences acquises, de l’expérience de vie, des rencontres que l’on peut faire, etc. C’est en constante évolution, et Sorya a réalisé de nombreuses versions de nos personnages selon les époques de notre vie.

A cela on peut rajouter le fait que non seulement son style a changé, mais la personnalité des personnages a changé du fait de l’évolution de mon style, opposant à ma crayonneuse préférée une complexité supplémentaire.

Trêve de blablas, Aujourd’hui je vous livre une de ces versions, réapparue du passé il y a peu. Je n’ai aucune idée de la date de ces croquis, mais vous pourrez constater lors de prochaines annexes qu’il y a encore eu du changement.

EDIT : Et voici enfin Loena ! Je remercie ma Yaya d’amour d’être passée préciser que ces versions ont 2 ans, tu vois que tu as de la mémoire 😉

Loena

Loena

Nora

Nora

Kenji/Suzuki

Kenji/Suzuki

Anya

Anya

Une Ombre émergea du sol devant eux. Dégainant son arme, Adrian hurla aux filles de reculer derrière lui. Mais avant qu’elles comprennent quoi que ce soit, la créature lança sur eux une sphère noire irradiante, aussitôt aspirée par les bagues du guerrier. Le jeune homme frotta alors sa main sur la lame de son épée, qui se mit à briller de la même lueur noire, et s’élança alors pour l’enfoncer dans le corps de leur ennemi. Puis, rengainant, il saisit Lœna par le bras :

―Vite courez, il faut aller se mettre à l’abri !

Mais Nora restait immobile, les yeux dans le vague et il fallut la gifler pour qu’elle reprenne ses esprits.

―Je… qu’est-ce que c’était ?

―Un soldat de l’autre camp, je vous expliquerai ! Maintenant, à la bâtisse !

Lorsqu’il pénétrèrent dans le bâtiment, ils découvrirent un jeune garçon au sol, inconscient, et secoué de convulsions.

Suite de ceci : https://lemondedaleos.wordpress.com/2009/02/22/de-lautre-cote-2/

Yshinto les avait entraînés à l’écart de la cité, et ils longeaient le gouffre depuis un bon moment. Anya ne cessait d’ailleurs de se plaindre de ses chevilles qui se tordaient à chacun de ses pas, à force de trébucher.

―Ce sont les racines de l’Arbre de la Connaissance, lui expliqua leur guide. Depuis la scission avec l’autre partie de la terre d’Aléos, toute l’ancienne cité d’Andun Hel n’est portée que par l’Arbre. Et ses racines n’étant plus connectées au coeur de l’univers, il se meurt et emporte le pouvoir des Anciens avec lui… Il reste encore quelques Orbes çà et là, mais leur pouvoir est très atténué, et les Ostriths veillent à ce que personne ne les récupère.

― Les Orbes ? Qu’est-ce que c’est ?

― Ce sont des boules de lumières, les fruits de l’Arbre de la Connaissance en fait. Ils renferment chacun un pouvoir différent, qui est très atténué depuis la Scission.

― Des boules de lumière ???

Anya et Kenji se regardèrent. Tendant chacun la paume de leur main en direction d’Yshinto, ils s’écrièrent d’une seule voix :

― Est-ce que ça fait ça ?

Une lueur étrange passa dans le regard du mercenaire.

― C’est intéressant, comment est-ce arrivé ?

Ils relatèrent chacun leur mésaventure. Bondissant d’excitation, Yshinto sortit un petit livret écorné de sa poche et le parcourut rapidement. Puis il saisit les deux amis par les poignets :

― A l’ouest des remparts, il y a une vieille bâtisse encore debout. Une brèche dans le mur vous permettra d’y entrer. Là-bas, vous serez en sécurité, vous n’aurez qu’à m’y attendre. Je dois vérifier que nous n’avons laissé aucune trace. Et n’oubliez pas d’être les plus discrets et les plus rapides possible !

Cauchemar (1)

8 mars 2009

Suite de ceci : https://lemondedaleos.wordpress.com/2009/02/15/la-cite-des-anciens-2/

Van se perdait dans les ténèbres. Malgré ses efforts pour courir en direction de la lumière, celle-ci lui semblait toujours plus lointaine, à l’inverse des voix qui s’amplifiaient. D’abord de simples murmures, elles étaient devenues un vacarme assourdissant aux oreilles du garçon. A tel point qu’il s’écroula au sol, en larmes.

— Qui êtes-vous ? Pourquoi me faites-vous ça ?

— Rappelle-toi, Van. Rappelle-toi de Joran..

—Joran ? Il est mort… Il est passé de l’autre côté, les Ombres l’ont emmené, je n’ai rien pu faire !

Le visage de son ami dansa un instant devant ses yeux, avant d’être remplacé par un autre.

—Et Julia ? Regarde, Van, regarde comme elle était belle. Regarde-la. Ne veux-tu pas la serrer dans tes bras ?

Face à lui, sa défunte soeur lui souriait, une main tendue vers lui.Il tenta de se redresser pour la saisir, mais ne rencontra que le vide.

—Que lui est-il arrivé, Van ? Pourquoi ne l’as-tu pas sauvée elle non plus ?

—Elle… Il y avait ces voix dans sa tête… Qui lui parlaient de destin du monde, d’anges et de chaos… Des voix oppressantes qui ne se taisaient jamais et… Elle ne les supportait plus, elle…

Il repensait à cette nuit fatale, deux ans plus tôt. Il avait cherché Julia partout dans la grande maison vide. Cela faisait déjà quelques temps qu’ils étaient sans nouvelles de leur père parti au front, le seul qui savait l’apaiser. Il l’avait retrouvée dans le bureau, baignant dans son sang, une lettre d’excuse posée devant elle. « Je te demande pardon, petit frère, mais sans papa je n’y arriverai pas. Sois fort, peut-être que de l’autre côté je retrouverai ceux qui me parlaient et pourrai enfin comprendre. »

—Est-ce que c’est vous ? Est-ce que vous avez fait ça à ma soeur ? Pourquoi ?

—Non, c’est toi, Van. C’est ta faute. Ta venue au monde a fait plonger Aléos dans le chaos. Tu dois rétablir l’ordre. Tu dois nous rejoindre. Laisse-nous t’emmener…

Refusant d’en entendre plus, il se mit à hurler.